Kilomètre Vertical (KV) avec bâtons : technique, matériel et erreurs à éviter
Un kilomètre vertical (KV), c'est 1 000 mètres de dénivelé positif en moins de 5 km, sur des pentes qui dépassent souvent 30 % et approchent 60 % par endroits. À ces pourcentages, presque tout le monde marche, et les bâtons font gagner environ 2,5 % de temps à effort maximal tout en rendant l'effort nettement moins pénible, selon les études de Nicola Giovanelli et de ses collègues. Voici comment vous en servir, quel matériel choisir et les erreurs qui coûtent des minutes.
En bref
- Un KV : 1 000 m de montée en moins de 5 km. Les plus raides, comme Fully en Suisse, dépassent 50 % de pente moyenne.
- Marcher plutôt que courir : au-delà d'environ 28 % de pente, marcher coûte moins d'énergie que courir.
- Ce que font les bâtons : environ 2,5 % de temps gagné à fond et un effort ressenti plus bas de 14 à 18 %, mais seulement 2 à 3 % d'énergie économisée.
- Technique : bâton planté près du pied avant, poussée vers le bas et l'arrière, en alterné ou en double poussée selon la pente.
- Matériel : des bâtons rigides et légers, des pointes en carbure, des gantelets qui se détachent vite. Lisez aussi le règlement, car certains KV, comme celui de Chamonix, interdisent les bâtons.
Qu'est-ce qu'un kilomètre vertical ?
Le kilomètre vertical est une course qui ne fait que monter, avec 1 000 mètres de dénivelé positif, à 5 % près, sur un parcours de moins de 5 km. C'est la définition historique de la Fédération internationale de skyrunning (ISF), reprise par les chercheurs qui étudient la discipline. Dans ses règles approuvées en décembre 2025, l'ISF range le KV parmi les courses « Vertical ». Ces courses ne comportent que de la montée et totalisent au moins 800 m de dénivelé, avec une pente moyenne d'au moins 20 % et au moins 5 % du parcours au-dessus de 33 %.
Les parcours les plus rapides ont une pente proche de 30°, soit environ 58 % (Giovanelli et al., 2016). La plupart des KV se courent en contre-la-montre, avec des départs échelonnés, par exemple toutes les 15 secondes au KM Vertical de Chamonix. Chaque organisateur fixe ses propres règles, notamment sur les bâtons et le casque.

Les KV les plus connus et les records
| Course | Distance et pente moyenne | Bâtons | À savoir |
|---|---|---|---|
| Kilomètre Vertical de Fully (Valais, Suisse) | 1,92 km, plus de 50 % (jusqu'à 60 %) | Fortement recommandés | Casque obligatoire ; tracé de l'ancien funiculaire ; records du monde |
| Dolomites Vertical Kilometer (Canazei, Italie) | 2,6 km, environ 38 % | Selon le règlement de l'année | Arrivée au sommet de la Crepa Neigra, à 2 465 m |
| KM Vertical de Chamonix (Marathon du Mont-Blanc) | 3,8 km, environ 26 % | Interdits (fin de parcours technique) | Départ toutes les 15 secondes, arrivée à Planpraz, à 2 000 m |
Fully est la référence mondiale. C'est là qu'en octobre 2025 le Suisse Rémi Bonnet a établi le record du monde en 27'21, soit près de 2 200 m de dénivelé à l'heure, et la Française Axelle Mollaret le record féminin en 32'52. Le précédent record, 28'53, tenait depuis 2017. Les 28'48 de Kilian Jornet sur le Vengetind, en Norvège, en 2021, ne sont pas officiels, car il courait seul, hors compétition.
Pour situer ces chiffres, la règle classique des randonneurs compte environ 300 m de montée à l'heure. Dans une étude italienne, des traileurs entraînés montaient à fond à près de 1 400 m à l'heure sur un sentier raide (Giovanelli et al., 2022), soit un KV en 45 minutes environ.
En France, la Fédération française d'athlétisme organise aussi chaque été un championnat de France de course verticale.
Marcher ou courir en KV ?
Sur un KV, la question n'est pas de savoir si vous allez marcher, mais quand. En 2016, l'équipe de Rodger Kram, à l'université du Colorado, a fait monter 15 coureurs sur un tapis incliné de 9° à 39°, en marchant puis en courant, à une vitesse ascensionnelle fixe de 1 260 m à l'heure. Au-delà de 16° environ (28 % de pente), marcher coûtait moins d'énergie que courir, en moyenne 8 % de moins. Et l'énergie dépensée par mètre gagné est la plus faible entre 20° et 35°, soit entre 37 et 70 % de pente (Giovanelli et al., 2016).
Une seconde étude, sur une pente de 30° (58 %), précise le seuil. Jusqu'à 0,7 m/s le long de la pente, marcher reste plus économique que courir (Ortiz et al., 2017). Cela correspond à 1 260 m de dénivelé à l'heure, soit un KV en 48 minutes environ sur ce type de pente. Si vous montez moins vite, marchez. Au-delà, courir peut devenir rentable, ce qui concerne surtout l'élite.
Pour la plupart des participants, le KV est donc une épreuve de marche avec bâtons. Les marcheurs nordiques y ont toute leur place, puisqu'ils travaillent la poussée sur les bâtons à chaque sortie.
Ce que les bâtons apportent vraiment en KV
Nicola Giovanelli et ses collègues, à l'université d'Udine (Italie), ont consacré une série d'études aux bâtons en montée raide. Leurs résultats sont nuancés.
| Étude | Ce qui a été testé | Avec bâtons |
|---|---|---|
| Giovanelli et al., 2019 | 14 coureurs de montagne, sur tapis, 7 pentes de 10° à 39° (18 à 81 %) | Énergie : −2 à −2,8 % à 25°, 30° et 35°. Effort ressenti : −14 à −18,5 % sur 5 pentes sur 7. Pas moins fréquents (−6,7 %) et plus longs (+8,6 %) |
| Giovanelli et al., 2022 | 15 athlètes sur un sentier de 1,3 km et 433 m de dénivelé, à fond et à 80 % | À fond : 18'51 contre 19'19 sans bâtons, 12 athlètes sur 15 plus rapides. À 80 % : aucune différence |
| Giovanelli et al., 2023 | 15 traileurs, sur tapis puis sur sentier, à 80 % et à fond | Force sous les pieds : −2,4 à −5,2 %. Dépense d'énergie inchangée. À fond : 2,5 % plus rapide |
| Giovanelli et al., 2026 | 16 traileurs, avant et après une course simulée de 31 km et 2 086 m de dénivelé | Après la course, marcher sans bâtons coûte 2,5 % d'énergie de plus. Effort ressenti plus bas avec bâtons, avant comme après |
Voici ce qu'il faut en retenir :
- Les bâtons font gagner du temps à fond. Le gain atteint environ 2,5 %, soit une trentaine de secondes sur 20 minutes d'effort, ou plus d'une minute sur un KV de 45 minutes.
- Ils rendent l'effort plus supportable. L'effort ressenti baisse bien plus que la dépense réelle, et les jambes sont un peu soulagées.
- Ils économisent peu d'énergie. L'économie atteint 2 à 3 % au mieux, mais leur intérêt grandit avec la fatigue.
- Ils changent la foulée. Les pas deviennent plus longs et moins fréquents, ce qui se travaille à l'entraînement.
La marche nordique montre la même chose. En montée à 15 %, elle ne coûte que 6,9 % d'énergie de plus que la marche sans bâtons, contre 22,3 % sur le plat, alors que le haut du corps travaille 2 à 15 fois plus (Pellegrini et al., 2015).

Toutes ces études ont été menées avec des bâtons droits. La forme du bâton, elle, a été étudiée pour la première fois par l'Université Grenoble Alpes, avec les Arcs de Marche® MØNARC®. Sur piste plate, leur courbure oriente la poussée 13° plus à l'horizontale qu'avec un bâton droit.
Comment utiliser ses bâtons en pente raide
La posture
Penchez-vous vers l'avant depuis les chevilles, sans casser la taille. Gardez le dos long et le regard quelques mètres devant vous, et faites des pas courts.
Où planter, comment pousser
Plantez le bâton près du pied avant, à sa hauteur ou juste devant. Planté loin devant, il freine avant de pousser et vous oblige à tirer avec les épaules. Poussez ensuite vers le bas et vers l'arrière jusqu'à ce que la main arrive à la hanche. En pente raide, ce geste est plus court que sur le plat.
Alterné ou double poussée ?
Deux techniques coexistent, et aucune étude ne les a encore comparées en montée à pied :
- L'alterné : le bras et la jambe opposés travaillent ensemble, comme en marche nordique. Cette technique convient aux pentes modérées, aux relances et aux moments où les bras fatiguent.
- La double poussée : les deux bâtons se plantent ensemble, en général tous les deux pas, et le buste vient peser dessus. Beaucoup de coureurs la choisissent sur les passages les plus raides.
Passez de l'une à l'autre selon la pente et vos sensations. Contrairement à la marche nordique de compétition, où la double poussée est écartée, un KV ne juge pas votre geste. Pour l'histoire de ce geste venu du ski de fond, lisez notre enquête sur la double poussée.

La cadence
Avec des bâtons, vos pas s'allongent et leur fréquence baisse un peu (Giovanelli et al., 2019). Laissez faire, et cherchez un rythme que vous pouvez tenir jusqu'en haut.
Les passages très raides ou techniques
Sur les marches rocheuses, prenez les deux bâtons dans une main pour vous aider de l'autre. Si le règlement interdit les bâtons, comme à Chamonix, entraînez-vous aussi sans eux, en posant les mains sur les cuisses.
Quelle longueur de bâtons pour un KV ?
En montée, le bâton se plante plus haut que vos pieds, si bien qu'à longueur égale il paraît plus long que sur le plat. Avec des bâtons réglables, l'usage est de les raccourcir de 5 à 10 cm pour les montées. Mais aucune étude n'a établi la longueur idéale pour un KV, et des bâtons plus longs allongent la phase de poussée (Saller et al., 2023). Il est donc inutile de les raccourcir à l'excès.
Avec des bâtons à longueur fixe, comme les Arcs de Marche® (de 100 à 130 cm, par pas de 5 cm), vous n'avez rien à régler en course, puisqu'un KV ne comporte que de la montée. Notre règle de taille ne change pas. Longueur = taille × 0,68 ; entre deux longueurs, la plus petite (un marcheur très sportif peut prendre celle au-dessus). Pour un usage surtout en montée, restez sur la plus petite. Tous les repères sont dans notre guide des tailles.
Le matériel pour un KV
- Des bâtons rigides. Un bâton qui fléchit ou un brin télescopique qui se tasse perd une partie de votre poussée. Notre comparatif monobrin ou télescopique détaille les différences.
- Des bâtons légers. Leur poids pèse peu sur la dépense d'énergie (Saller et al., 2023), mais un bâton léger se manie plus vite et plus précisément.
- Pas besoin de bâtons pliants. Sur un KV, on garde ses bâtons en main du départ à l'arrivée.
- Des pointes en carbure de tungstène. Elles accrochent la terre, les racines et le rocher. Notre article sur les différents types de pointes vous aide à choisir.
- Des gantelets qui transmettent la poussée et se détachent vite. En cas de chute, vous devez pouvoir lâcher vos bâtons en une seconde.
- Le reste : prévoyez des chaussures de trail qui accrochent, le casque si le règlement l'impose (c'est le cas à Fully) et une montre avec altimètre pour suivre votre vitesse ascensionnelle en mètres par heure. Notre guide des applications et montres connectées vous aide à la choisir.
Les Arcs de Marche® MØNARC® répondent à ce cahier des charges. Chaque bâton pèse 140 g et il est fait d'un seul brin de carbone T700, sans mécanisme qui pourrait se desserrer. Les pointes en carbure de tungstène se remplacent et les gantelets se détachent d'un geste. Ces bâtons sont conçus pour le geste de la marche nordique, et non adaptés d'un bâton de randonnée. Vous faites aussi du trail ? Lisez Marche nordique et trail : peut-on utiliser les mêmes bâtons ?, et pour les longues distances, Bâtons en ultra-trail : pourquoi les courbés changent vraiment la donne.
Les erreurs à éviter
- Ne pas lire le règlement. Chaque organisateur décide si les bâtons sont autorisés partout, sur une partie du parcours ou pas du tout (interdits à Chamonix). Au départ, tenez vos pointes vers le bas.
- Découvrir les bâtons le jour de la course. Ils modifient la foulée et sollicitent les bras, les épaules et le tronc. Faites vos séances de côte avec eux.
- Partir trop vite. Un départ en surrégime se paie dans la seconde moitié. Visez une vitesse ascensionnelle que vous pouvez tenir.
- Courir là où il vaut mieux marcher. Au-delà d'environ 28 % de pente, marcher coûte moins d'énergie, sauf à très haute vitesse.
- Planter les bâtons trop loin devant. Le bâton freine avant de pousser, et les épaules tirent au lieu de pousser.
- Des bâtons qui plient ou se tassent. Un télescopique mal serré peut se raccourcir sous la poussée. Vérifiez les blocages, ou choisissez un monobrin.
- Rester attaché sur les passages délicats. En cas de chute dans une pente à 50 %, des bâtons attachés aux poignets peuvent blesser. Des gantelets à attache rapide se décrochent d'un geste.
Préparer son premier KV
- Entraînez-vous en côte, avec vos bâtons. Enchaînez des montées de 5 à 10 minutes, puis des montées longues au rythme visé.
- Mesurez votre vitesse ascensionnelle sur une montée connue pour estimer votre chrono.
- Commencez par un KV abordable. Un parcours de 3 à 4 km est moins raide qu'un tracé comme Fully.
- Préparez-le avec votre club. L'encadrant peut corriger votre geste en montée.
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Questions fréquentes
Faut-il des bâtons pour faire un KV ?
Ce n'est pas obligatoire, mais c'est conseillé sur les pentes raides, si le règlement les autorise. Ils font gagner environ 2,5 % de temps à fond et rendent l'effort plus supportable (Giovanelli et al., 2022 et 2023).
Combien de temps faut-il pour faire un KV ?
Les records du monde, établis à Fully en 2025, sont de 27'21 chez les hommes et de 32'52 chez les femmes. Des traileurs entraînés boucleraient un KV en 45 minutes environ. Tout dépend de la pente, du terrain et de votre niveau.
Double poussée ou alterné en KV ?
Les deux se complètent. L'alterné convient aux pentes modérées, la double poussée aux passages les plus raides. Aucune étude ne les a départagées en montée.
Peut-on faire un KV avec des bâtons de marche nordique ?
Oui. Un KV se marche presque entièrement, et des bâtons de marche nordique avec gantelets transmettent bien la poussée. Les Arcs de Marche® MØNARC®, monobrins de 140 g en carbone T700, n'ont aucun mécanisme qui puisse se desserrer en pleine montée.
Quelle longueur de bâtons pour un KV ?
Avec des bâtons réglables, raccourcissez-les de 5 à 10 cm par rapport au plat. Pour les Arcs de Marche®, appliquez notre règle. Longueur = taille × 0,68 ; entre deux longueurs, la plus petite (un marcheur très sportif peut prendre celle au-dessus). Le détail est dans notre guide des tailles.
Sources
- Giovanelli N., Ortiz A.L.R., Henninger K., Kram R., Journal of Applied Physiology, 2016, 120(3) : 370-375.
- Ortiz A.L.R., Giovanelli N., Kram R., European Journal of Applied Physiology, 2017, 117(9) : 1869-1876.
- Giovanelli N., Sulli M., Kram R., Lazzer S., « Do poles save energy during steep uphill walking? », European Journal of Applied Physiology, 2019, 119(7) : 1557-1563.
- Giovanelli N., Mari L., Patini A., Lazzer S., « Pole Walking Is Faster but Not Cheaper During Steep Uphill Walking », International Journal of Sports Physiology and Performance, 2022, 17(7) : 1037-1043.
- Giovanelli N., Pellegrini B. et al., European Journal of Applied Physiology, 2023, 123(12) : 2803-2812.
- Giovanelli N., Mari L. et al., European Journal of Applied Physiology, 2026, 126(1) : 249-258.
- Pellegrini B. et al., PLoS One, 2015, 10(9) : e0138906.
- Saller M. et al., Bioengineering, 2023, 10(4) : 497.
- Termoz N., Depery E., Lorenzi G., Université Grenoble Alpes, étude comparative des bâtons droits et des bâtons courbes MØNARC® (présentation de l'étude).
- Fédération internationale de skyrunning (ISF), règles sportives approuvées le 5 décembre 2025.
- Sites officiels du Kilomètre Vertical de Fully, du Marathon du Mont-Blanc (KM Vertical) et du Vertical Kilometer® World Circuit ; résultats de Fully 2025 (Carreras de Montaña, Reference Trail) ; Outside, novembre 2021 (Kilian Jornet). Consultés en octobre 2026.
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